Rencontrez les vignerons de l’épisode 5 – Bordeaux Loves Belgium !
Portrait
octobre 27, 2021

Rencontrez les vignerons de l’épisode 5 – Bordeaux Loves Belgium !

Laurent Tereygeol, l’enfant du Haut-Médoc

A Pontoise Cabarrus, les vignes regardent vers l’estuaire de la Gironde. Un héritage et un terroir d’exception que Laurent Tereygeol n’a de cesse de valoriser : son vin est désormais classé Cru Bourgeois Supérieur, en AOC Haut-Médoc.

S’il y travaille « officiellement » depuis 1989, Laurent Tereygeol arpente les vignes de Pontoise Cabarrus depuis toujours. « En rentrant de l’école, je me précipitais pour monter sur les tracteurs, enfoncer les piquets avec les ouvriers ». L’entreprise est en effet familiale, achetée en 1959 par Emile Tereygeol, le grand-père de Laurent, revenu de vingt ans passés au Maroc.

L’histoire du domaine, elle, remonte à la fin du XVIIIe siècle, quand Jean Valère Cabarrus, riche armateur et négociant bordelais, achète ces terres au Baron Joseph Hector de Brane, propriétaire des domaines Mouton Rothschild, et y ajoute son nom.*

« Nous sommes sur un terroir d’exception », se félicite aujourd’hui Laurent Tereygeol. « Des graves profondes, des vignes qui plongent vers le fleuve – le même terroir somptueux que celui des voisins mondialement connus, comme Latour ou Léoville Las Cases ». Dans les années 80, François, le père de Laurent, modernise les chais et le matériel viticole, et développe un domaine qui s’étend désormais sur 27 hectares, en AOC Haut-Médoc, sur la petite commune de Saint-Seurin-de-Cadourne, voisine de Saint-Estèphe.

Quand il n’est encore qu’un adolescent, Laurent, lui, tient à voir « autre chose sur cette planète », et devient, pendant quelques années, éducateur sportif pour enfants handicapés. En 1989, il revient vers l’entreprise familiale : son père lui confie l’état sanitaire des vignes. Puis, ce dernier prenant sa retraite, Laurent reprend la gestion de la propriété en 2016.

Il développe, depuis, une activité oenotouristique grâce à l’achat et la réfection de l’ancien presbytère du village, qui devient une salle d’accueil. Et la propriété est désormais certifiée HVE3 (pour Haute Valeur Environnementale) : « Nous encadrons l’usage des produits phytosanitaires, nous favorisons la biodiversité sur nos parcelles, nous assurons la gestion de nos effluents viticoles et vinicoles, nous regardons de près où sont fabriqués nos cartons et bouteilles. Et nous ne cessons de monter en gamme sur la qualité de notre vin, distingué Cru Bourgeois Supérieur en 2020 ».

*Pour l’anecdote, la famille Cabarrus qui s’installe alors à Saint-Seurin-de-Cadourne a pour petite cousine Thérésia Cabarrus, figure de la Révolution française, puis proche du jeune général Bonaparte.

Le millésime : Château Pontoise Cabarrus 2016, AOC Haut-Médoc

« C’est un grand millésime solaire, sur un terroir exceptionnel – 60% Cabernet Sauvignon, 40% Merlot, sur le porte-greffe Vitis Riparia, qui diminue les rendements mais assure une grande qualité. Cette année-là, les stades phénologiques ont été en parfaite concordance avec la météo, il y a eu peu de maladies. Côté vinification, chaque parcelle est vinifiée puis dégustée séparément ; notre premier vin ne connaît qu’un tiers de barriques neuves : j’aime à dire qu’on travaille le raisin, pas le chêne ! »

Loïc Chanfreau, parti du Médoc pour mieux y revenir

En AOC Listrac-Médoc, situé sur le point culminant du Médoc, le Château Fonréaud est une propriété familiale, aujourd’hui dirigée par Loïc Chanfreau et son frère Guillaume. Deux enfants du terroir, partis un temps travailler comme ingénieurs, pour mieux se consacrer, aujourd’hui, à la vigne.

« Il y a beaucoup de légendes autour de Fonréaud », s’amuse Loïc Chanfreau, qui a grandi sur ces pentes graveleuses, situées sur le point culminant du Médoc (43 mètres). Le Château Fonréaud tient son nom du vieux français « Font-réaux », pour Fontaine Royale. La légende veut en effet qu’au XIIe siècle, Henri II, roi d’Angleterre et époux d’Aliénor d’Aquitaine, se soit arrêté là pour se désaltérer.

Et le vignoble ? Dès le début du XVIIIe siècle, l’ensemble des terroirs est occupé par des vignes, et le vin déjà célébré parmi les grands crus de Listrac. « Mais le château est demeuré inhabité – la légende parle d’un château hanté ! – jusqu’à l’arrivée de mon grand-père, viticulteur, rentré d’Algérie en 1962 ».

Léo Chanfreau, le grand-père, et son propre père Marcel, replantent la vigne (le terroir ne s’étendait alors plus que sur 15 hectares), construisent un cuvier, rénovent le château. Et transmettent leur œuvre à leur fils et petit-fils Jean, père de Loïc, qui reprend le domaine en 1981. Histoire de famille, le Château Fonréaud compte désormais 45 hectares en appellation Listrac-Médoc.

Quand leur père a parlé de partir en retraite, Loïc et son frère Guillaume, aujourd’hui 35 et 37 ans, ont eu l’envie commune de prendre la suite (« on est Médocains, on a grandi ici, c’était une évidence »), non sans avoir vu ce qui se faisait ailleurs, dans le monde du travail, « pour mieux faire rayonner, plus tard, la propriété ». Les deux frères sont en effet ingénieurs généralistes et ont travaillé dix ans dans leur domaine respectif (Loïc dans le bâtiment, Guillaume dans le génie ferroviaire). En 2014, ils reviennent à Fonréaud pour une transition longue, avec la volonté d’apprendre le métier de la vigne et du vin. Ils reprennent donc des études, l’un en commerce des vins, l’autre en vinification, pour être opérationnels en 2016, et prendre vraiment le relais en 2020. « Nos parents sont là entre deux et quatre jours par semaine. Avec quarante millésimes à son actif, mon père nous donne énormément de conseils : c’est une richesse qui n’a pas de prix », se félicite Loïc.

Leurs vins sont labellisés Terra Vitis depuis 2015, et HVE3 depuis 2018. Les Chanfreau ont été parmi les premiers, en Médoc, à réenherber leur vignoble. « Nous veillons à la durabilité de notre activité sur l’ensemble de l’exploitation, pas seulement sur les vignes. Nous travaillons selon la méthode Cousinié depuis des années. Et désormais, on fait des essais en bio, on développe l’agroforesterie. », explique Loïc.

La Belgique ? Une destination de prédilection : c’est le premier marché export pour le Château Fonréaud.

Le millésime : Château Fonréaud 2015, AOC Listrac-Médoc

« C’était une année comme on les aime : du soleil quand il faut, de la pluie quand il faut. Un millésime très équilibré, très fin, avec un petit côté épicé. 62% Cabernet Sauvignon, 44% Merlot, 4% Petit Verdot. Nous avons utilisé 30% seulement de barriques neuves, pour des tanins doux et une belle évolution en bouteille. »

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